Avec le D80, donc un capteur de 10 méga-pixels, et une carte de 1 GO, je peux faire 80 photos (en RAW). Ces 80 photos, il va falloir les stocker, les visualiser (comment faire à partir du RAW ?), les rendre accessibles dans le futur (je veux retrouver une photo prise à Bellecombe, pendant l'hiver 2006-2007, sur laquelle on voit le Mont-Blanc). Il faut les traiter, pour rendre les bonnes couleurs, voire pour en tirer son interprétation. Et il faut les sauvegarder. Voilà donc les différentes problématiques qui me semblent pertinentes:

  1. archivage et accès
  2. de-raw-tisation
  3. corrections géométriques
  4. retouches
  5. stockage et sauvegarde

On pourrait ajouter le problème de l'impression (sur son imprimante personnelle, ou en payant des tirages) mais je n'en ai aucune expérience.

Ci-dessous, j'aborde l'archivage et la de-raw-tisation. La suite dans un autre billet.

1. archivage et accès

Si je commence à remplir un répertoire avec 80 fichiers qui vont se nommer dsc_0xxx.nef je sais que très rapidement je ne retrouverai plus rien.

Il faut donc trouver un logiciel qui permet une visualisation rapide d'images dans un répertoire, et qui fournisse un outil de tri et de recherche. Ce qui m'a semblé le plus adéquat, ce sont les logiciels qui utilisent un système de tags, c'est à dire des mot-clés.

Mon autre critère, c'est que je puisse manipuler les images (et l'arborescence de mon stockage) en dehors de ce logiciel: je veux pouvoir copier, déplacer, supprimer, ajouter, modifier, de manière indépendante.

J'ai trouvé 3 logiciels qui répondent à ce besoin: digiKam, f-spot et Picasa.

J'ai éliminé Picasa, pour des critères d'ergonomie: ça fait très clinquant, un peu playmobil, et pour partager mes photos par mail, je n'ai pas besoin d'un logiciel d'archivage. Le côté gadget m'a déplu.

Ensuite il y a f-spot et digiKam: f-spot s'intègre dans le bureau Gnome, alors que digiKam fait partie de la suite logicielle du bureau KDE. Comme j'utilise KDE, j'ai testé digiKam. De plus, à lire les pages des fonctionnalités de ces deux logiciels, digiKam avait l'air mieux fourni, plus complet.

Donc maintenant, si je veux chercher une photo de Bellecombe, sur laquelle on voit le Mont-Blanc, prise cet hiver, c'est possible:

digikam_recherche.png

Evidemment, il faut remplir soit-même les tags, pour l'instant aucun logiciel n'est capable de deviner quels tags vont décrire les photos. Mais c'est possible de les appliquer par lots, c'est à dire en sélectionnant plusieurs images à la fois. Ce n'est pas très contraignant.

2. de-raw-tisation

En suivant l'avis de Denis, je fais mes photos en RAW. Pourquoi ? Essentiellement parce que c'est le moyen de perdre le moins d'information possible. Les fichiers produits par le format RAW sont plus volumineux que les fichiers JPEG, mais pas tant que ça: sur le D80, avec une carte 1GO, je fait 80 photos en RAW contre 130 en JPEG (de la meilleure qualité possible). C'est à dire moins de deux fois plus volumineux. Au prix du GO, tant que la place sur la carte ne devient pas un paramètre critique, autant ne pas se priver du RAW.

La compression JPEG introduit une perte d'informations: à la fois sur la précision des couleurs (codage 8 bits contre codage 12 bits), et sur la définition (détection des changements de couleurs d'un pixel à l'autre). Le JPEG n'est pas adapté pour les détails fins ou les ruptures de couleurs franches. De plus, il faut avoir choisi la bonne balance des blancs au moment de prendre la photo, pour encoder le fichier JPEG. L'inconvénient de faire ses photos en JPEG, c'est donc de perdre de l'information dès la prise de vue, de manière irréversible. Bref, ça ne sert à rien d'avoir un boitier avec 10 megapixels, un objectif très lumineux, et tenter de faire de son mieux pour la qualité des image, si dès le départ on dégrade l'image par l'encodage.

Un autre point important, c'est que le "format" RAW dépend de chaque constructeur, et que chacun garde ses spécifications. Conséquence immédiate, pour lire un fichier RAW, il faut un logiciel adapté. Les logiciels des constructeurs tournent sous Windows ou MacOsX, mais pas sous Linux.

Sous Linux, il y a dcraw (la page semble être inaccessible) pour convertir les différents format RAW en images manipulables. D'après ces exemples, dcraw serait meilleur que le convertisseur Canon (merci le logiciel libre).

L'utilitaire dcraw est utilisé par digiKam pour importer les fichiers RAW. On a accès à différents réglages, dont la température de couleur, la luminosité...

Une autre manière d'utiliser dcraw, c'est d'utiliser ufraw: ce logiciel sert d'interface à dcraw, et peut être utilisé soit comme utilitaire indépendant, soit comme plugin à Gimp.

ufraw_interface.png

L'interface de ufraw est plus pratique que l'interface de réglage du RAW dans digiKam. Il y a les mêmes paramètres, mais dans ufraw j'ai tout sous la main facilement (voir la capture d'écran ci dessus), alors que sous digiKam il faut passer par plusieurs menus.

Dans sa version standalone, ufraw peut enregistrer les images en .ppm et TIFF, 8 bits et 16 bits, et en JPEG. C'est juste un outil de conversion de fichiers RAW, il n'y a rien concernant les retouches, ou le redimensionnement par exemple. Mais ufraw peut aussi être utilisé comme plugin de Gimp: il assure la conversion du fichier RAW, et ouvre l'image dans Gimp (en 8 bits, parce que c'est une limitation de Gimp).

Toujours sous Linux, il existe au moins deux autres possibilités: LightZone pour Linux et Bibble. Ces deux outils sont voulus pour être des solutions complètes de chambre noire numérique (c'est à dire de l'archivage en passant par la dé-raw-tisation, jusqu'aux retouches finales), à vocations professionnelles.

LightZone pour Linux est une version gratuite de LightZone, laissée à titre gracieux aux utilisateurs Linux sans aucune garantie ni support de la part de Light Crafts. J'ai testé la version 1.6 et la version 2.0.4. Le plus gros reproche que j'ai à faire, c'est l'interface (évidemment, c'est développé pour Mac et Windows, l'interface est celle des logiciels Mac). De plus (ou alors c'est une conséquence) je le trouve poussif. Par contre il y a des outils bien intéressants, en particulier le travail par "zones" (de luminosités: highlights, midlights, shadows), et les outils qui s'appliquent à ces zones, comme le Tone Mapper. Les fichiers peuvent être sauvés en TIFF 8 ou 16 bits, avec la possibilité d'enregistrer le TIFF en multilayer, ou en JPEG, ou dans un format propre à LightZone.

lightzone.png

Bibble existe en version Linux, soit sous forme .rpm sous sous forme .deb (RedHat ou Debian). On peut télécharger une version d'essai. Après quelques manipulations de fichiers pour l'installation (passer d'un .rpm à un .tar.gz), on se retrouve avec une interface à la Windows plutôt moche (beurk). Bibble est capable d'enregistrer du TIFF 8 et 16 bits, ou du PNG 8 et 16 bits. On retrouve les outils standards (température de couleur, histogrammes, récupération des hautes lumières ... ). Il y a un outil propre à ce logiciel, Perfectly Clear, qui permet en 1 clic de déboucher les ombres et d'équilibrer les couleurs.

bibble.png

Les rendus de LightZone et de Bibble sont très proches, et semblent un peu meilleurs pour les détails dans les ombres que ufraw. J'ai effectué une comparaison rapide entre ufraw et LightZone:

test_ufraw_lightzone.png

Dans chaque cas, la temperature de couleur est de 4900K, avec une teinte de vert à 1.4.On constate que pour un même réglage, on obtient deux tonalités légèrement différentes: ufraw produit une image plus chaude. Ensuite (et c'est peut-être une conséquence de ce décalage) les ombres produites par LightZone ont plus de détails.

Il faut aussi noter que digiKam, LightZone et Bibble sont capables de gérer les profils de couleurs.


Petite conclusion rapide, entièrement subjective:

  • digiKam est très pratique pour archiver et "tagger";
  • ufraw a une interface efficace et intuitive pour régler globalement une image, de manière simple et rapide;
  • LightZone propose des outils puissants, plus complexes, avec la notion de sélection par zone;
  • Bibble parait plus standard que LightZone, avec une qualité d'extraction des RAW comparable. C'est le seul logiciel payant.


Voilà, la suite au prochain épisode: quels sont les logiciels disponibles pour les corrections géométriques, les retouches et la sauvegarde.


Edit: suite: retouches et stockage